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1940, l’Aisne en première ligne

Au printemps 1940, l’Aisne est soudainement prise dans le choc de l’offensive allemande. Conforme au plan Jaune, l’attaque se déploie à partir du 15 mai : après la traversée de la Meuse et la rupture des lignes alliées, les avant-gardes allemandes atteignent rapidement Vervins et Hirson, poursuivant leur progression vers la côte picarde. Surpris et mal renseigné, le commandement français peine à organiser une riposte cohérente, si bien que les localités du département cèdent les unes après les autres, malgré quelques foyers de résistance, notamment à Marle.

Prisonniers français en juin 1940 pendant la Seconde Guerre mondiale dans l’Aisne

Très vite, l’offensive provoque un effondrement moral et logistique : soldats isolés en repli, colonnes désorganisées, puis civils fuyant l’invasion. Les réfugiés belges, déjà sur les routes, sont rejoints par les Axonais dans une désorganisation générale, au moment même où les bombardements se multiplient sur Chauny, Laon ou Tergnier, causant de nombreuses victimes.

C’est dans ce contexte que le colonel De Gaulle et la 4ème division cuirassée tentent deux actions offensives autour de Montcornet (17 mai) puis de Crécy-sur-Serre (19 mai), avec l’objectif de perturber la progression allemande tout en couvrant l’installation de nouvelles troupes françaises dans l’Aisne. Les opérations tournent au repli, mais renforcent l’image d’initiative offensive de Charles De Gaulle, même si leur impact stratégique est limité et payé au prix de lourdes pertes.

Une fois la ligne Weygand mise en place sur l’Aisne et le canal de Saint-Quentin, un fragile équilibre s’installe pendant près de quinze jours, ponctué de bombardements et de reconnaissances. Cette pause prend fin le 5 juin avec le déclenchement du second plan allemand : le plan Rouge. L’attaque est massive et soutenue par l’aviation ; malgré une résistance acharnée, les forces françaises sont repoussées, et les combats autour de Tergnier, Trosly-Loire, Chavignon, Braye-en-Laonnois et toute la vallée de l’Aisne deviennent particulièrement meurtriers, jusqu’au repli sur la Marne. Le département est totalement envahi le 13 juin, prélude à l’entrée des Allemands dans Paris le lendemain.

La bataille de France reste associée à une défaite traumatisante, mais le nombre de morts, la résistance menée localement et l’intensité des combats montrent que l’armée française se bat avec acharnement. Dans l’Aisne, 5050 soldats français sont tués en quelques semaines, et plus de 7000 combattants allemands. La population civile, dispersée quant à elle sur les routes de l’exode, mettra des mois à revenir, découvrant un territoire ravagé, marqué par les destructions, l’humiliation de la défaite et l’entrée dans l’occupation. Dans l’Aisne, la bataille de France laisse ainsi une mémoire douloureuse, aujourd’hui encore portée par de nombreux monuments et nécropoles où reposent soldats français et allemands, réunis dans un même deuil.
 

1940, l’Aisne en première ligne